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Histoire du Faucigny

par Rémi Mogenet, membre associé de l’Académie de Savoie et compagnon du Bailliage de Bonneville

Le Faucigny est à l'origine le fief des seigneurs de Faucigny, qui tirent leur nom du lieu de leur première demeure. Ils se disaient issus des comtes de Genève, et en particulier d'Olivier, pair de Charlemagne ; on ne disait pas avec certitude ce qu'il en est.

On les mentionne pour la première fois en 1026 : il est alors question du seigneur Émerard, de son épouse Aalgert et de leur fils Louis, puis du fils de celui-ci, Guy, évêque de Genève, qui eut pour frères Willehme et Amédée. Ils furent longtemps vassaux des comtes de Genève, mais ils se disputèrent ardemment, avec eux, pour la possession de la vallée de Chamonix. Finalement, ils furent absorbés par la lignée des Dauphins du Viennois.

Au XIIIe siècle, l'héritier de la seigneurie était, en effet, une femme. Cela orienta d'abord le Faucigny vers la Savoie : Aymon II de Faucigny, en 1251, accorda en dot à sa fille Agnès l'ensemble de ses terres, tout en s'en réservant l'usufruit jusqu'à sa mort : elle épousait le comte de Savoie, Pierre II. En 1253, à la mort d'Aymon II, Agnès confia à son mari l'administration de la seigneurie ; Pierre II, dès lors, en raffermit l'organisation, créant, dans cette intention, bailliages et châtellenies.

Leur fille unique, la célèbre Béatrix, reçut le Faucigny en héritage en 1268. Elle avait épousé en 1241 le Dauphin de Vienne, Guigues VII. Leur fille Anne donna bientôt à son époux Humbert, seigneur de La Tour du Pin, le titre de Dauphin de Vienne et Baron du Faucigny. Le Faucigny devint alors partie intégrante du Dauphiné.

Humbert II, dernier Dauphin de Vienne, sans héritier, vendit ses terres à la France, en 1349, sous le règne du roi Philippe VI. Mais, dès 1355, Amédée VI de Savoie, le Comte Vert, échangea au Dauphin, Charles, petit-fils du Roi, la Baronnie du Faucigny, trop proche de ses Etats, contre ce qui lui appartenait dans le pays proprement viennois. Le Faucigny, ainsi, devenait une partie de la Savoie. La capitale fut alors déplacée de Cluses à Bonneville, dont le château, dit-on, avait été fondé par Pierre II.

La suite de l'histoire du Faucigny est celle de la Savoie en général. Il fit cependant partie de l'apenage des Savoie-Nemours, qui avait une forme d'autonomie, et dura de 1514 à 1659. A cette époque, il était dirigé depuis Annecy. L'extinction de la lignée des ducs de Nemours ramena le Faucigny dans le duché de Savoie proprement dit.

L'originalité du Faucigny, dans ce duché, fut d'avoir entretenu des liens avec la Suisse, d'une part, le monde allemand, d'autre part.

Dès le XVe siècle, la révolte des Robes Rouges, partie de Megève, marqua un lien avec la Suisse, les montagnards faucignerands cherchant à imiter les magistrats bernois (qui se gouvernaient eux-mêmes) par leurs robes. Le duc Philippe mit fin à cette révolte par la ruse, en faisant pendre ses instigateurs après avoir promis aux paysans qui les avaient suivis des améliorations de leurs conditions d'imposition.

Au XVIIe siècle, les horlogers de Cluses, les colporteurs de Magland, les maçons de Samoëns, le compositeur Georges Muffat, de Megève, voyagèrent en Franche-Comté, en Alsace, en Bavière, en Autriche, se mettant au service des princes allemands, ou devenant apprentis de maîtres artisans. Ils en rapportèrent fréquemment savoir-faire et richesses. L'essor de la maçonnerie à Samoëns, du décolletage dans la vallée de l'Arve, est largement dû à ces échanges. A partir de 1806 et du démantèlement du Saint-Empire romain germanique, les Faucignerands allèrent plus volontiers faire fortune en France, à Lyon ou à Paris.

Le lien avec Genève se renforça, néanmoins, et, en 1860, le Faucigny fut la principale province de Savoie à souhaiter le rattachement à la Suisse, puis une grande zone franche pour y suppléer. Après l'Annexion, néanmoins, le tourisme fit du Faucigny un pays prospère, contenant en son sein un objet qui devint peu à peu le symbole de la Savoie tout entière : le célèbre Mont-Blanc ! Visité par des voyageurs venus des quatre coins du monde, chanté par les plus grands écrivains européens, il rayonne sur toutes les Alpes de sa majesté sans pareille !

 
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